SACKGASSE
(cul-de-sac)
Si je baisse les yeux vers notre sol, je peux voir un enchevêtrement de fils cuivrés qui animent, sous un lourd nuage de fumée, les braises de nos espoirs consumés. Une lueur faible, presque éteinte, subsiste au vent outrageux qui sur notre idéal a jeté sa colère. Je m'en souviens, hier encore, les émissaires du désespoir patrouillaient dans nos rues. Et si j'observe les cendres, je peux voir les étincelles faiblir, jusqu'à s'évanouir dans la grisaille.
Si je lève les yeux vers notre ciel obstrué, je peux voir une cage de brouillard emprisonner notre cité. Des anges noirs retiennent captif notre rêve. Ils l'ont entouré de barbelés, et si je tends la main vers la paroi hérissée, ma peau s'écorche, et des larmes, rouges de rage, se mettent à couler. Tout au long de mes doigts, et dans tous mes membres, la douleur claustrophobe étend son empire, fait dans mes oreilles résonner son rire.
Si je retourne mes yeux dans leurs orbites, pour ne plus voir le naufrage de nos convictions, je peux, derrière mes paupières closes, créer liberté, justice, humanité qui nous ont été arrachées. Elles règneront sur mon âme, vierge de toute corruption. Je pourrai, alors, m'endormir sous la neige, mon linceul, car j'aurai tout perdu, tout gagné.